[Review] Lost in the Translation

まどい

惑い

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Lost in Translation est une espèce de suspension dans le temps qui ne laisse pas indifférent, on adore ou on déteste. A l’extrême opposé des blockbusters, on trouve ici un film qui se contente de narrer la perdition avec le rythme qui lui convient et l’élégance d’une œuvre de maitre. Sofia Copola, pour son deuxième long métrage (après Virgin Suicides) réussit à dépeindre un huis clos dans un espace immense. Le film est de 2003, beaucoup le connaissent déjà, mais il n’est jamais trop tard pour s’attarder sur une perle.

lost-in-translation-2003-24-gL’histoire : Bob Harris (Bill Muray), acteur has been ayant eu ses années de gloire dans les années 70 gagne l’argent où il le peut, en l’occurrence à Tokyo pour tourner un spot publicitaire. Seul, largué dans une culture et des codes très loin des siens, il subit la mégapole. Ne trouvant pas le sommeil, il occupe une partie de ses nuits dans le bar de son hôtel luxueux, à siroter des verres qui peinent à rendre le moment agréable. Engagé dans un mariage qui a perdu de son sens, avec un enfant qui ne fait pas réellement parti de ses priorités, Bob Harris patauge dans une société nippone qui le dépasse. Il rencontre dans ce bar Charlotte (Scarlett Johansson), une américaine d’environ 20 ans de moins, elle aussi larguée dans un chaos culturel et psychologique. Charlotte est fraichement diplômée de philosophie et mariée depuis deux ans à un photographe qu’elle a accompagné pour cette mission au Japon. En pleine remise en question de soi et du sens de sa vie, une accroche tendre et complice ne tarde pas à se créer entre elle et Bob.

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« Lost in Translation » en anglais renvoie littéralement à ce qui est intraduisible. En effet rien n’est jamais sous-titré lorsque les japonais s’expriment, ce qui nous fait partager l’incompréhension totale des personnages lorsque le traducteur de Bob ne l’assiste pas. Cela donne lieu également à de savoureuses situations comiques d’une grande subtilité et toujours respectueuses de cette culture différente. Si la tendresse est l’émotion centrale du film, on rit aussi, puis on vibre sous la bande son remarquable : Sébastien Tellier, Air, Phoenix, Kevin Shields, Brian Reitzell pour les plus connus ou les plus importants. Ajoutons pour parfaire le tableau les performances d’acteurs de Bill Muray et Scarlett Jonahsson, esseulés, déprimés mais pas déprimants, dubitatifs et amusants, justes et touchants.
Pour revenir sur le fond du film et sur le double sens de son titre, le maitre mot reste la perdition qui dépasse largement l’espace extérieur à soi. Les deux personnages sont profondément perdus dans leur psyché alors que le contexte du moment favorise l’heure du bilan. C’est ce bilan similaire qui pousse Bob et Charlotte à s’identifier l’un à l’autre et à se rapprocher. L’empreinte affective en devient si forte que la question de la limite dans leur relation est inévitable.

o-LOST-IN-TRANSLATION-facebookIl ne faut pas toujours aller bien loin pour se sentir déphasé et c’est en ce sens que ce film touche les spectateurs dont le cœur n’est pas bétonné et sensibles à l’esthétique du film. Qui ne s’est jamais demandé si ce qu’il faisait de sa vie avait du sens ? Qui ne s’est jamais retrouvé au contact d’amis qu’on croit si proches et qui sont si loin ? Dans une perspective différente, qui ne s’est pas senti perdu ou tout au moins dans l’incompréhension au cours des différentes vagues d’attentats que nous avons traversés ? Il est enfin une dernière catégorie de personnes pour qui le film résonnera avec l’expérience, il s’agit des globe-trotters solitaires. Si partir seul au bout du monde peut offrir des expériences exceptionnelles, on est aussi confronté au vide, à l’incompréhension et à l’introspection, ne serait-ce que de façon transitoire, aux grés des déconvenues obligées ou tout simplement de l’écart culturel.

Pour conclure, il faut sûrement aimer prendre le thé pour aimer Lost in Translation. Pas nécessairement aimer le thé, mais aimer prendre le temps, tout simplement, et être à l’aise avec l’inaction, quand bien même certaines scènes rythmées ajoutent ce qu’il faut de punch au film.

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Hans Gnuj
Auteur : Hans Gnuj

(Ma première voiture c'était une Peugeot, et un jour mes cousins sont allés dormir chez ma grand-mère.) Normophobe refusant de se soigner. Addict aux concepts, à l’impermanence et au fromage. Fasciné par les canards et les cantatrices chauves.