[Critique] American crime story

Le « Juice » secoue la pulpe du racisme

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Cette création, comme sa grande sœur American Horror story (même producteurs exécutifs), est une série d’anthologie, c’est-à-dire que chaque histoire est indépendante de la précédente. La première saison, diffusée à partir du 2 février 2016 sur FX, porte sur un fait loin d’être divers aux USA : le procès d’O.J. Simpson.

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Le 13 juin 1994, sont découverts les cadavres de Ronald GOLDMAN et de Nicole BROWN devant la maison de cette dernière. Pour la police de Los Angeles, c’est un dossier particulièrement sensible. En effet, Nicole est l’ex-femme d’une super star du foot US, O.J. SIMPSON aka The Juice. Réputé violent avec Nicole, O.J. sera vite considéré comme le suspect principal du double homicide. S’en suivra une course-poursuite dans LA retransmise en direct à la télévision et qui marquera les esprits de plus de 90 millions d’Américains, dont celui de Cuba GOODING, Jr. (American Gangster, Men of Honor, Jerry Maguire) qui incarne O.J. dans ACS. Procès d’une idole de la population afro-américaine, cette affaire va engendrer aux États-Unis une véritable division. Plus précisément, la défense d’O.J. va pousser vers la lumière une déchirure sous-jacente et toujours douloureusement présente de nos jours. Tout le monde a eu et a encore son avis sur l’affaire, avis généralement orienté par l’appartenance culturelle.

THE PEOPLE v. O.J. SIMPSON: AMERICAN CRIME STORY "Conspiracy Theories" Episode 107 (Airs Tuesday, March 15, 10:00 pm/ep) -- Pictured: (l-r) Sterling K. Brown as Christopher Darden, Cuba Gooding, Jr. as O.J. Simpson. CR: Ray Mickshaw/FX

Statut d’addict au crime oblige, je connaissais les grandes lignes de cette affaire ; mais ACS m’a plongé avec brio dans le réel chamboulement qu’a constitué ce procès dans l’Amérique des années 90. Les avocats d’O.J. SIMPSON ont transformé ce crime de sang en procès du racisme et de la corruption des forces de l’ordre à Los Angeles. Deux visions se sont opposées : Une star violente a tué son ex-femme/Un homme noir est à nouveau victime de la police. L’opinion publique s’est déchirée sur la question de la culpabilité d’O.J.. Les débats ont été intégralement filmés et retransmis en direct, immobilisant l’Amérique et la tenant en haleine pendant près d’1 an (les images sont toujours disponibles sur le net). Un procès historique était né.

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Les acteurs sont impressionnants de crédibilité, portant des personnages complexes et éloignés de tout manichéisme primaire. Sarah PAULSON (American Horror Story, 12 Years a Slave) a immédiatement emporté mon cœur avec son interprétation de Marcia CLARK, la « garce » procureure en pleine tourmente personnelle. J’ai retrouvé avec plaisir David SCHWIMMER (le Ross de Friends) dans l’excellent rôle de Robert KARDASHIAN, ami et avocat d’O.J. dépassé par la situation. La réussite de la série repose également sur le superbe jeu de Cuba GOODING Jr. qui a indiqué avoir joué O.J. sans tenir compte de son opinion personnelle quant à la culpabilité ou non du personnage, ce qui nous permet de voir l’homme derrière l’image publique. John TRAVOLTA est aussi présent.

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L’adaptation d’affaires criminelles en fiction est monnaie courante ; mais ACS tire son épingle du jeu en évitant l’écueil de la personne/personnage. Je m’explique. La difficulté d’adapter un fait réel est bien sûr de transformer un être réel en personnage, et de perdre la complexité de l’humain en essayant de démontrer une opinion. Mais cette distanciation de l’humain vers le symbole fut le propos même du procès à l’époque. La série retranscrit à merveille cette guerre de l’image que se sont menés l’accusation et la défense ; car si le racisme était devenu le sujet central des débats, l’impact de la célébrité et la vision de la mère célibataire ont également leur place dans cette fresque sociale. L’ambiance, le rythme, tout y est ! La série nous tient en haleine, même si on connaît le dénouement : un verdict ulta-contreversé.

Si une opinion sur la culpabilité semble poindre, l’effort d’objectivité est à souligner. Les deux camps sont traités avec autant de profondeur l’un que l’autre : aucun n’est caricaturé. Toutes les failles apparaissent au grand jour en gardant leur crédibilité : la relative incompétence de l’accusation, le sur-jeu de la défense, l’attrait des projecteurs, le poids d’une procédure longue sur un jury… Cette retranscription d’un procès surmédiatisé est une réussite. Un bémol selon moi est cependant à souligner : la place des KARDASHIAN’S dans la série. Les passages montrant l’une des familles les plus connues de la télévision revêtent à mes yeux un petit côté vulgaire, offrant une nouvelle tribune déplacée à des personnes déjà surmédiatisées. Mais passons…

Ce qu’il faut retenir : ruez-vous sur American Crime Story, c’est un petit bijou. La série est extrêmement bien conçue, le rendu visuel nous renvoie dans les 90’S. Une vraie réussite dans le domaine de la retranscription de l’univers judiciaire et médiatique !

Fun fact : Ayant revu la saison 1 de « Unbreakable Kimmy Schmidt après le visionnage d’ACS, j’ai enfin compris l’intégralité des références des derniers épisodes. En effet,  on y retrouve un couple d’avocats incompétents parodiant à l’extrême les procureurs en charge du procès d’O.J. SIMPSON. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres des très nombreuses références à ce procès dans la culture populaire américaine.

TinaFey(1)

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Le point Guly
Auteur : Le point Guly

Alterne entre licornophilie et serial-killer-mania. Souvent considérée comme une stupide créature mythologique. A une mortelle ennemie : la pâte d’amande.