[Expo] Exhibitionism

« Satisfaction ! »

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En bonne chanceuse (pas trop souvent quand même), j’étais à Londres lors du lancement de l’exposition Exhibitionism, dédiée aux Rolling Stones. La promesse ? Une collection inédite de plus de 500 objets leur ayant appartenu, depuis les manuscrits jusqu’aux costumes de scène. Verdict ? Peut-être une des meilleures expositions au monde, dont on sort émerveillé. Je n’exagère même pas.

Bien entendu, le prix exorbitant de 24£ (environ 30€) en rebutera plus d’un, sans compter le trajet jusqu’au très chic quartier de Chelsea. Cependant, la visite est une véritable expérience, remarquable à bien des égards.

Premièrement, toute photo/vidéo est strictement interdite à l’intérieur. Mesure restrictive ? Privation de la liberté élémentaire de mitrailler chaque centimètre carré ? Peut-être, mais c’est un vrai soulagement de ne pas se retrouver encerclé par des flashs avides. (pas d’aperçu de l’exposition donc, désolée!)

A peine entré, on se retrouve plongé dans une ambiance particulière. La musique des Rolling Stones retentit, et on se retrouve dans la première des neuf salles, la « Red Room ». Avec la « Blue Room », elle présente l’étendue de la carrière du groupe. Multitude d’écrans, projection au mur, les outils technologiques sont mobilisés pour en mettre plein la vue dès la première seconde. La troisième salle (« Edith Grove »), est plus traditionnelle, mais tout aussi saisissante. Il s’agit de présenter le groupe à ses débuts, en 1962, dans leur colocation londonienne. Leur appartement est entièrement reproduit, et l’on passe au milieu de leur salon, de leur chambre… Aucun détail n’est négligé, les cigarettes abandonnées un peu partout, les fringues jetés négligemment, le tourne-disque passant du Muddy Waters.

50c4e185ec36e234b12d736a068a0f6fL’exposition ne se focalise pas uniquement sur les Rolling Stones eux-mêmes (présentation des instruments, des manuscrits de leurs chansons…) mais sur leur formidable influence sur la culture anglaise. Considérant que les concerts sont éphémères et les films éternels, le groupe a décidé d’enregistrer leurs prestations et de les diffuser sur grand écran. Affiches et projections sont donc au rendez-vous. On se promène entre leurs costumes de scène, qui évoluent franchement, entre leurs sages costumes de 1962 (comme les Beatles!) et leurs flamboyantes capes. Grâce à leur collaboration avec Andy Warhol et autres artistes, les Rolling Stones ont imposé une nouvelle esthétique, que ce soit leur logo ou les pochettes d’album. On pense notamment à Their Satanic Majesties’ Request ou Sticky Fingers. Enfin, les clips promotionnels (retour au cœur des années 80 garanti !) et les installations de concert…

 

Vinyl records collectors

Vinyl records collectors

Le meilleur est pourtant pour la fin. Après avoir visité des coulisses, on est invité à chausser des lunettes 3D, pousser une porte… et se retrouver dans le public d’un concert. Littéralement. On se retrouve en immersion dans la foule en délire, non plus sagement assis sur le sol d’une galerie londonienne.

Immersion. Voilà le maître mot d’Exhibitionism. Finie l’époque des cabinets de curiosités ou des tableaux simplement accrochés au mur. Le consommateur moderne recherche une expérience unique et originale, qui mobilise toute son exigeante attention. Exhibitionism y parvient brillamment, en mobilisant différentes ressources, surtout digitales. La vidéo est plus digeste que les longs textes explicatifs, on retrouve donc de nombreux écrans diffusant des interviews, des documentaires, des archives. Les tablettes sont nombreuses : on peut notamment y mixer des chansons des Rolling Stones. D’un simple glissement de doigt, on se prête au jeu en augmentant les guitares ou la voix, on isole un instrument, on met tout à FOND !

Attention, il ne s’agit pas d’une débauche de coûteux outils technologiques, loin de là. Certaines parties de la visite sont plus traditionnelles, tout en gardant leur originalité. La disposition, les couleurs, l’éclairage sont savamment étudiés pour ménager le suspense et surprendre le visiteur. Entre chaque salle se trouvent de longs couloirs, eux-mêmes mis en scène avec de somptueux effets de perspective et d’obscurité. Le spectateur reste en haleine du début à la fin du parcours. Au risque de me répéter, le concert final en 3D résume parfaitement toute l’exposition, qui touche directement les émotions du visiteur. On en sort troublé et émerveillé.

PICTURE -MARK LARGEÉ 05.04.16 nn Exhibitionism, The Rolling Stones first ever exhibition runs at the Saatchi Gallery from 5 April-4 September 2016.nnMerchandiseÉnnTable football £4750.00

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Après avoir visité d’autres musées et expositions, comme au TATE Modern ou au V&A Museum, une seule conclusion s’impose : Exhibitionism ne pourrait exister ailleurs qu’en Angleterre. Au pays de Sa Glorieuse Majesté, les lieux d’exposition ne sont pas ennuyeux ou réservés au 1er dimanche du mois, mais sont au contraire des lieux de vie. Ils doivent comporter des animations, comme des restaurants, des boutiques ou des activités insolites. Au TATE, il est possible de s’asseoir sur des gros coussins et de passer tout son temps à buller. Au V&A, coloriage et création de drapeaux sont au rendez-vous. Pour finir, le merchandising et les boutiques sont plus étudiés et développés que dans les autres pays. La boutique fait partie intégrante de la visite ! Livres, textile, jouets en bois, les articles proposés ne se limitent pas à de simples bibelots estampillés. Au contraire, les institutions redoublent d’imagination et de moyens pour vendre leurs produits. Les partenariats avec de grands designers ou les collections capsule séduisent les consommateurs. Cette stratégie s’avère particulièrement efficace pour garantir la gratuité de la plupart des lieux culturels publics. L’entrée de la Saatchi Gallery est certes bien chère, mais vous aurez au moins la chance de voir un baby-foot Rolling Stones!

 

Du 5 avril au 4 septembre 2016 | Saatchi Gallery, King’s Road, London SW3 4RY | Métro : Sloane Square | Prix : 24£

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Alimar
Auteur : Alimar

Une petite taille compensée par un appétit monstre : gastronome en herbe et lectrice assidue ! Une préférence pour les manuels d’histoire poussiéreux toutefois. Ennemies mortelles : les fautes d’orthographe.