[Critique] Contrepoint

Un nouvel air pour Bach

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Après quatre ans de travail voici enfin le premier album solo de Nicolas Godin, l’un des deux membres du groupe aujourd’hui dissout Air. La moitié du groupe mais pas la moitié du talent car le génie est bien au rendez-vous dans cet album de reprise de Jean-Sébastien Bach. « Reprise » n’est pas le terme à vrai dire car il s’agit d’une véritable appropriation extrapolée qui va bien au-delà de simples reprises.

Contrepoint est un album très abouti mais peu surprenant dans le sens où il aurait pu s’agir d’un Xème album de Air, avec la patte qu’on leur connait. De fait ceux qui attendront autre chose seront déçus. Nicolas Godin s’exprime seul désormais mais dans un registre identique, même si d’autres critiques tendent à penser l’inverse. Qu’on se le dise, ceci ne retranche rien à la qualité de l’album.

56On trouvera immanquablement ces rythmes lents auxquels Air nous avait habitué mais pas seulement : des rythmes plus punchy mais jamais trop endiablés et aussi des revisites du baroque traditionnel de Bach. Ainsi, Orca, première piste de l’album, se veut une introduction électrisée mais respectueuse du Prélude & Fugue en Do majeur BWN 848. Club Nine quant à elle offre une version jazzy du Prélude en Do majeur BWV 999. On trouvera en fin d’album un joli hommage non dissimulé à Danny Elfman dans un titre quasi éponyme Elfe Man. On trouvera un autre hommage à Glenn Gould (Glenn), pianiste célèbre pour ses interprétations de Bach. Sur les 8 pistes, 3 sont chantées. Une en allemand par Thomas Mars, leader de Phoenix (en duo avec Dorothée de Koon), une en italien et une en portugais.

Nicolas Godin fait cohabiter gracieusement clavecin et batterie, passé et présent. En matière de reprises ou détournements de musiques classiques, il y a le meilleur et le pire. Là où certains beats techno assassinent les mélodies classiques reprises, l’album de Nicolas Godin les fait revivre avec les tendances et moyens actuels dans le plus grand respect et dans une écoute très abordable (nul besoin d’être un expert en classique).

Nicolas Godin est bien décidé, à la manière de son ancien binôme Jean-Benoît Dunckel, à faire cavalier seul : « Avec Air, j’étais arrivé au bout d’un système, j’avais perdu le plaisir d’enregistrer ». La nécessité de repenser sa musique l’a conduit à redécouvrir Bach, compositeur qui est apparu comme évident : « … un ami m’a prêté un documentaire sur le pianiste Glenn Gould, célèbre pour ses Variations Goldberg. Cela m’a fait l’effet d’une révélation. Je me suis plongé dans l’œuvre de Bach, j’ai appris à la jouer, malgré mes limites techniques. Peu à peu, j’ai compris qu’il était à la source de toutes les musiques qui m’ont nourri ». L’artiste envisage déjà son futur projet Architecton, croisement de la musique et de l’architecture, sa formation initiale.

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Hans Gnuj
Auteur : Hans Gnuj

(Ma première voiture c'était une Peugeot, et un jour mes cousins sont allés dormir chez ma grand-mère.) Normophobe refusant de se soigner. Addict aux concepts, à l’impermanence et au fromage. Fasciné par les canards et les cantatrices chauves.