[Critique] Whiplash

« Full métal baguette »

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Andrew, 19 ans, rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération. Mais la concurrence est rude au conservatoire de Manhattan où il s’entraîne avec acharnement. Il a pour objectif d’intégrer le fleuron des orchestres dirigé par Terence Fletcher, professeur féroce et intraitable. Lorsque celui-ci le repère enfin, Andrew se lance, sous sa direction, dans la quête de l’excellence…[résumé Allociné]

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Un deuxième film pour le réalisateur Daniel Chazelle et déjà le monde du cinéma a les yeux rivés sur lui !
Whiplash se présente comme un drame musical à la limite des genres, mais qui s’inspire du cinéma de guerre. En tous cas, c’est de cette façon que le réalisateur décrit son film, comme une sorte de crise d’état- major où l’on suit les déboires d’un jeune soldat… je veux dire, les déboires d’un jeune batteur dans le plus réputé conservatoire des Etats-Unis. On assiste à un conflit sans merci opposant le timide Andrew à son colonel….je veux dire, son chef d’orchestre qui n’a rien à envier au Sergent Instructeur Hartman.
Pourtant, loin des tirs de missiles et autres rafales de balles, nos oreilles ont droit tout le long du film à une énergique musique swinguant à tout va et atteignant son paroxysme dans un final mémorable. Mais je m’en voudrais de trop vous en dire sur le scénario, malheureusement assez peu étoffé.
Whiplash est loin d’être un bœuf improvisé : Ici, tout est cadré, millimétré pour que le batteur devienne la clé de voûte d’un ensemble parfait, comme la prestation du premier violon lors d’un concert de musique classique.  Le film se fait le porte-drapeau de cette autre batterie, d’ordinaire en contrepoint, et qui se retrouve l’ultime vedette d’un arrangement sonore sophistiqué aux accords complexes.

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Mais  Whiplash est avant tout un film initiatique, cruel, où notre musicien apprend l’esprit de compétition ainsi qu’une quête de l’excellence qui ne peut s’acquérir qu’au prix de larmes et de sang.
Andrew est un jeune homme candide pétri du rêve américain de la réussite individuelle. C’est par l’affrontement qu’il va devoir grandir. Vaincre cette sorte d’adversité toute relative va faire de lui un adulte déterminé.
Il réagira aux « coups de fouet » de ce dressage aux dépens de sa vie estudiantine, faisant fi de toutes les gentilles attentions de son père qui le couve un peu trop et de sa petite amie qui ne possède pas sa hargne pour réussir.
Tout dans le film tourne autour de la confrontation entre le jeune batteur et son professeur et leur relation sado-maso composent le seul ressort de l’intrigue.  D’ailleurs, celle-ci est  alimentée par l’expérience de Daniel Chazelle, lui-même ancien batteur, qui a passablement  souffert durant cette période de sa vie.

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L’admiration-haine qui se tisse entre les deux hommes va les porter assez loin, entre manipulation, humiliation et perversité,  où le bourreau n’est pas forcément celui que l’on croit. Les changements psychologiques des personnages au cours du film nous montrent  l’étendue  des moyens  qu’un être humain  peut déployer pour arriver à ses fins. Que ce soit pour des ambitions nobles ou par avidité, les méthodes décrites ici ne sont pas des plus orthodoxes.
C’est pourtant devant ce face à face digne d’un western que le spectateur  se demande  si la magie va finir par opérer. Malgré un complexe d’Œdipe très marqué, Andrew, magnifiquement interprété par M. Teller, atteindra-t-il  les Champs Elysées du Jazz ? Son mentor,  joué par un J.K Simmons,  arrivera-t-il à trouver son diamant brut parmi ses différents élèves?
C’est dans une mise en scène virtuose au tempo diabolique que ces questions devraient trouver des réponses. L’originalité des plans est l’œuvre de la  caméra qui va vite dans les changements de mesure, tellement elle a peur de tout manquer. Les  harmonies  de la bande originale sont forcément des plus plaisants sur la base de morceaux de Jazz dynamiques et exaltants.
Le film est finalement une belle démonstration de ce que l’on appelle le génie, car il ne faut pas oublier qu’il se façonne et qu’une création artistique aboutie ne se fait pas sans sueur. En cela, il est de même un plaidoyer pour les acharnés du travail et la résultante de cette énergie.

C’est sur cette jam-session que je vous recommande ce long métrage mezzo forte à l’instru et aux arrangements de très hautes volés. Daniel Chazelle signe avec Whiplash un film tourmenté aux peurs et aux angoisses palpables mais où l’épanouissement reste l’objectif final de qui sait se donner à deux cents pour cent.

 

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Hito
Auteur : Hito