[Critique] Charlie’s country

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« Un voyage au coeur de l’âme »

Charlie’s Country est un film australien réalisé par Rolf de Heer, sorti en 2013. Il fait partie de la sélection Un certain regard au Festival de Cannes 2014 et a été sélectionné pour représenter l’Australie à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère lors de la 87e cérémonie des Oscars en 2015.

Voir ce film c’est faire une expérience. Être invité à voyager au cœur de l’âme généreuse de Charlie, en lutte entre nature profonde et adaptation à un monde imposé. C’est l’histoire de l’Homme, à qui tout appartient. L’Homme décide quelles sont ses terres et quelles règles doivent être appliquées pour y vivre. Eux, Charlie, ancien guerrier, et sa communauté, les aborigènes ; devraient les remercier d’avoir amener la « culture » et la société de consommation, l’argent et la notion de propriété.

Charlie’s country, est une succession d’images, filmées extrêmement bien. Enchainement d’arrêts sur émotions qui permettent au spectateur de lire l’histoire dans les yeux des protagonistes, de partager les émotions et questionnements qui l’habitent. Quelques dialogues épars pour faire le lien. Pas de surcharge inutile. Des acteurs exceptionnels.

Dénonçant le colonialisme actuel, l’acculturation presque terminée des peuples natifs, Charlie’s country est un cri pour la liberté, d’agir, de penser, de vivre, d’être. Une vraie leçon philosophique. Le retour en arrière n’est pas possible, alors comment ne pas se noyer dans ces villes régies et polluées par des étrangers de la Terre. Comment ne pas sombrer dans la facilité des vices qui sont à disposition contre cet argent que l’on nous donne. La lutte est de garder son moi, ne pas se perdre, transmettre pour continuer à faire vivre un peuple, une culture, un esprit, à travers rites, danses, histoires. Survivre. Un système qui au final n’est pas loin des horreurs passées de l’Homme, pointées du doigt par l’humanité. Des rituels d’entrée dans les prisons de Sydney semblables à ceux des camps de concentration, une perte de l’être égale à celle décrite par Primo Lévi. Une punition pour être un aborigène qui ne respecte pas la loi australienne. Une réplique choc pour retracer le destin d’un homme dépouillé, esseulé, arraché à sa Terre mère, alors qu’elle est encore sous ses pieds :

« C’est dur de parler avec toi quand tu ne ressembles plus à toi ».

Un partage de la tragédie de la vie. Un film qui laisse une salle entière dans un silence respectueux, face à la violence de l’esclavagisme actuel, celui de la société sur l’âme, celui d’un peuple sur un autre, celui d’un système Australien sur les Aborigènes.

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Barbokaa
Auteur : Barbokaa