[Review] The Model – Kraftwerk

« Boing Boom Tschak ! »

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A l’heure où la musique électro est encore à définir, débarquent 4 allemands qui vont participer à définir le genre, nous sommes en 1975. Kraftwerk est arrivé !

Resituer dans un premier temps l’histoire de ce groupe emblématique pour certains, bizarrement méconnu pour d’autres parait essentiel ne serait-ce que pour comprendre pourquoi on peut hocher la tête aujourd’hui à chaque coin de rue sur un Get Lucky diffusé par une boutique ou s’échappant d’une fenêtre ouverte.

Kraftwerk, ça commence par la rencontre au conservatoire de Düsseldorf de deux génies en herbe à la fin des années 60 : Ralf Hütter et Florian Schneider Esleben. En avance sur leur temps, tous deux partagent la passion des sonorités expérimentales. Dès 1970, le duo crée Kraftwerk (« centrale électrique » en allemand), groupe qui s’étoffera au fil des années et qui se fera réellement connaitre en 1975 avec leur album Radio-Activity.

kraftwerk3Kraftwerk existe aussi bien par le son que par l’image. Le groupe développe en effet tout un concept de mannequins, prémices de l’homme-machine en guise d’avatars, le tout dans un style futuro-industriel. Qu’on aime ou qu’on aime pas, force est de reconnaitre que Kraftwerk s’est constitué une réelle identité, du genre qu’on reconnait à l’œil ou à l’oreille même si on découvre un titre pour la première fois. Une identité de forme (mannequins, lumières style néons…) mais aussi dans le fond. Une thématique récurrente des titres de Kraftwerk consiste en ce parallèle entre l’homme et la machine, le rapport et la frontière entre les deux. Voici en guise d’exemple une liste non exhaustive de leurs titres : Robots, The Man-Machine, Computer Love, Home Computer, Computer World

Deux (puis quatre) artistes mi homme mi machine, avant-gardistes dans le domaine des sons électro, ça ne vous rappelle rien ? Deux artistes géniaux d’une autre époque, eux aussi mi homme mi machine, portant des casques et redéfinissant la musique techno/électro à la fin des années 90. Quel était le titre de leur 3ème album déjà ?

Il ne semble pas abusif de dire que Kraftwerk est aux Daft Punk ce qu’Elvis était aux Beatles. Le style diffère bien sûr, beaucoup plus minimaliste, il n’empêche, l’influence est tangible.

The Model (1978), titre que nous développons ici échappe un peu à la thématique récurrente du groupe puisqu’elle traite de la condition des top-modèles et par expansion de l’artifice de la société de consommation à travers l’histoire d’une femme top-modèle.

The Model, une femme dont la principale vertu est… son apparence et dont le quotidien entier tourne autour du paraitre. Une femme éponge, une femme girouette, “She smiles from time to time, it only takes a camera to change her mind”.

Kraftwerk5Le titre dépeint un système, un business que nous connaissons bien où la marchandise est une image modelée à souhait pour mieux vendre un produit. Un milieu où il ne s’agit jamais de fléchir pour les filles, jusqu’aux soirées mondaines où l’on s’abreuve de champagne.

The Model décrit parfaitement et en peu de texte ce milieu, laissant la porte ouverte aux questions qu’on peut se poser (ou pas !) : jusqu’où cette fille est-elle prête à aller pour rester au top ? En combien de morceaux le cristal de sa personnalité s’éclaterait-il si elle devait se risquer à l’authenticité de son être ? Qu’auraient été les textes de cette chanson s’ils avaient été écrits à l’ère de Photoshop ?

Côté musique : simple, minimaliste, efficace. Un beat répétitif dont on ne se lasse pas tant, du fait de l’agrémentation du synthétiseur et bien sûr des paroles. Quiconque aura déjà écouté ce titre une fois et l’aura apprécié attendra avec impatience le solo de synthé dans la deuxième partie du titre !

Pour terminer, qu’on ne s’y méprenne pas, en dépit de ce témoignage sur The Model, parsemé de subjectivité, Kraftwerk n’est en aucun cas un groupe engagé qui essaie de faire passer des messages politiques ou à caractère social. L’essentiel de leur œuvre est anti-militant, la musique pour la musique, le reste n’est qu’extrapolation.

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Lien pour les paroles : http://www.lyricsdepot.com/kraftwerk/the-model.html

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Hans Gnuj
Auteur : Hans Gnuj

(Ma première voiture c'était une Peugeot, et un jour mes cousins sont allés dormir chez ma grand-mère.) Normophobe refusant de se soigner. Addict aux concepts, à l’impermanence et au fromage. Fasciné par les canards et les cantatrices chauves.